D-primée

Il y a d’abord eu un coup de téléphone d’une charmante représentante de la Commission européenne : « vous avez gagné le European Young Journalist Award 2010 pour la France. Je peux vous dire que le jury a été unanime sur votre article. » Lequel traitait de pauvres gamins polonais, abandonnés par leurs parents partis travailler à l’Ouest, ou la désintégration de la cellule familiale comme effet pervers de l’émigration économique. Un papier très « larmichette dans les chaumières » que j’ai mis 8 mois à placer, au motif que « la Pologne n’est pas vraiment dans l’actu« . Sauf en cas de crash aérien évidemment. Mots-clés ? Tupolev, Kaczinsky, Smolensk.

Pour info, ledit concours de l’EYJA est un peu l’Eurovision du scribouillard avec 27 gagnants nationaux qui se retrouvent chaque année dans une capitale pour partager champomy, tapette dans le dos et échange de business card. « Et à part le networking, qu’eche qu’on gôgne ? « , avais-je envie de grogner au bout du fil, imitant l’œil torve de mes voisins « carabine et tromblon » dans les Vosges.  « Quatre jours à Istanbul tous frais payés, du 08 au 12 mai, félicitations !« , me répond gentiment la voix. Chouette, je suis contente de revenir à Bouboule, après y avoir trainé mes guêtres en novembre dernier à la recherche de gigolos en burkinis. Ça sera déjà l’occasion de prendre quelques vacances en exposant mon teint de navet anémique au soleil du Bosphore.

Mais alors que je prépare déjà mes valises, ledit reportage sur les euro-orphelins polonais provoque un second jackpot. Un lundi à midi, appel de l’AJE-France (Association des Journalistes Européens) alors que je tente vaguement de me sustenter avec des nouilles thaï. Mon sympathique interlocuteur la joue comme sur le plateau de « Qui veut gagner des millions ». « Vous faites quoi le 09 mai, Prune Antoine? » [« Je suis à Istanbul, mon bon, pourquoi ? »] Au lieu de quoi, je réponds évidemment « rien » d’une toute petite voix. « Bravo, vous avez gagné le Prix Louise Weiss« . Hors de question de braire de joie, je souffle un « merci« , toute confuse de me retrouver doublement D-primée. Je n’ai pas osé faire ma chieuse blasée, en lui expliquant que cette année, j’enchaîne les lauriers et que le 09 mai, désolée, je suis à Bouboule et non Paname, « on y bronze bien mieux« . Mais j’ai eu peur : de perdre la reconnaissance de mes pairs (et la somme coquette). Du coup, j’ai changé d’avis, je file à Paris. Et maintenant, misère de misère, il me faut pondre une petite harangue pour la cérémonie officielle, au Quai d’Orsay…je flippe ma race. Je suis sereine et je viendrai en pyjama.

Quant à cette chère Louise, née en Alsace, féministe, écrivaine engagée et Européenne de la première heure, elle a écrit sur tout : le couple franco-allemand, les communistes tchèques, l’URSS ou le droit de vote. Ce qui me plait surtout, c’est qu’elle avait l’air d’un vrai « croque monsieurs », follement moderne. Je cite : « A tout prendre, à défaut de bonheur, le mariage et surtout le divorce m’apportèrent un statut civil qui me facilita l’existence et m’ouvrirent des possibilités sentimentales que, sans avoir passé par leurs épreuves, je n’aurais certes point rencontrées. »

-Le communiqué de presse des lauréats 2009 du prix Louise Weiss.

-Le livret des lauréats nationaux du European Young Journalist Award 2010 (commentaire sur votre servante p.28)

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5 commentaires sur « D-primée »

  1. félicitations prunette! Mais t’as oublié une question essentielle qui devrait faire passer en second l’écriture de ton discours dans ta liste de tes préoccupations: comment tu vas t’habiller?

  2. Il y a des fois, il ne faut pas hésiter à braire de joie 😀 Au plaisir de vous voir dimanche !

  3. Félicitations alors!

    Si c’est pour voir si on suivait, c’est raté ;-D Ce n’est pas page 28, mais page 53…

  4. Merci à tous !
    A Lucette : occupe toi de ta noce 🙂 d’ailleurs c’est quand ? je ne peux pas mettre de robe à cause de mes poteaux et en plus je suis pas bronzée donc ça va être burka.
    A Derekfrance : D-primée ? Le D pour le double ou sourire smiley mais aussi parce que je suis peut-être réellement au bout du rouleau avec 05 degrés début mai.
    A FPM : J’ai très peur pour dimanche, vous le savez Fabrice. Je redoute même de hennir de peur.
    A Chantal : Merci oeil de lynx ! Je corrige de ce pas.

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