French frange

Jeanne d’Arc. La bourgeoise pince-cul du 16è. Cléopâtre. Ma mère. Une danseuse du Crazy Horse. Louise Brooks. Une sale gamine. Amélie Poulain. Comment être toutes ces femmes à la fois ? Facile, mes agneaux. Optez pour la coupe carrée et frange foirée ! Rien de plus aisé à réaliser. Il suffit seulement de trouver un Figaro digne de ce nom.

A Berlin, les salons de coiffure pullulent et rivalisent d’ingéniosité pour attirer pouffs et touffes. Certains sont ouverts jusque minuit. Il y a les coiffeurs ambulants qui font aussi manucure et psy. D’autres coupe-tifs, bibliothèque ou boîte de nuit avec teens en combinaisons fluos et musique assourdissante, inclus dans le forfait. Avec GoogleMap, j’ai essayé de compter le nombre de coiffeurs de mon quartier  (non, je n’ai vraiment rien d’autre à foutre) : hé bien mes bons, sur la carte, il y avait tellement de points rouges que j’ai perdu le fil. A vue de nez, 300 échoppes.

Avec mon cheveu à l’agonie, flottant vaguement sur mes épaules poilues, j’ai sérieusement besoin d’un lifting du bulbe. Je nage en pleine procrastination dépressive estivale : Loque au Lac, Roupillon au Goupillon…Je décide donc d’aller chez le coiffeur. Au pif, sans rendez-vous. Depuis que je vis ici, excepté mon esthéticienne biélorusse et son « brasilianische waxing », je n’ai pas d’activités « ganz spontan ». Comme le local, je préviens, je m’annonce, je téléphone en amont, je vérifie mes disponibilités, je suis Termin-ator.

Au hasard, je pénètre dans une boutique décrépie mais hype (typique Berlin, ça), peuplée de coiffeuses pré pubères techno-manga. Naturellement, celle qui se propose pour me ratiboiser est une gazelle de 18 piges, la crinière épanouie, sans l’ombre d’une ridule sur son bec de lièvre. Je prends place, lui montre en soupirant mes pointes desséchées avant d’émettre dans mon allemand balbutiant le souhait d’être coupée « straight ». 

La miss obtempère et se lance dans son attaque capillaire. Blitzkrieg. Clic-clac, tondeuse. C’est merveilleux, le miroir me renvoie l’image mutine d’une beauté coquine des années 20, je manque de pleurer de joie devant un tel succès. En général, je sors de chez le coiffeur en baissant la tête. Et en bonnet. Anyway.

Vient l’histoire de la frange : au départ, ma coiffeuse n’y touche guère, se contente d’effleurer gentiment mes sourcils. Encouragée par ma nouvelle allure de danseuse au Crazy, je lui lance un « Allez-y, bon dieu ma petite, coupez plus, » aux accents militaires. Elle obéit sans broncher et taillade sec, pile sur le front. Et là, catastrophe, la ballerine sexy disparaît. Le reflet évoque davantage une sorte d’Amélie Poulain ayant abusé de LSD.  Je défaille, presque 30 ans et toujours cet airs de vierge effarouchée, entre serre-tête écossais et jupe-culotte Cyrillus. Blême, je commence à me tortiller. Elle biseaute toujours. Le méga-drame. Ces grands yeux marron, cet air de tendron et ce casque, cet inoubliable bob. Verdammt scheise !  Je pose innocemment la question à ma tortionnaire, pensant qu’à son âge et teutonne en sus, elle ne doit sûrement pas connaître.

– « Vous savez, là cette frange, cela me fait penser à cette chanteuse française un peu old school… ».

– « Ach doch, Mireille Matthieu ? », rétorque t-elle.

-« Vous y avez pensé, hein ? »

-« Nein, haha, ba du tout. Fou né réssemblé bas à Mireille. »

Elle ment. La hyène. Objectivement, la Frange est foirée. La France est perdue. Après m’avoir fauchée le crin, elle va me faucher le portefeuille. J’ai deux options : me terrer le restant de l’été dans ma coloc, à la merci des diktats de La Grosse. Ou assumer mon bob un peu bobo et bouter les buenos hors de leurs bars. Rhaaaaa, à l’attaque !  La Pucelle de Prenzlauer Berg…

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7 thoughts on “French frange

  1. Pas besoin de photo, je sais ce que ça peut donner, j’y suis passée, pas à Berlin ,nul besoin d’aller si loin pour ce genre de résultat… Je compatis, mais je rigole tellement en te lisant que j’attends avec impatience une autre aventure capillaire !

  2. Bon… Comment dire… Adepte de la coupe au carré / frange depuis mes 3 ans (j’en ai maintenant 23), je me suis reconnue très rapidement dans cet article! Et que dire de la chute… Ba, non seulement mes copains français m’ont très souvent surnommée « Mireille », mais en plus, j’ai failli pleurer quand un gentil Allemand m’a surnommée ainsi quand j’habitais encore Berlin ! Et pourtant, je l’aime ma coupe !

  3. ça a bien repoussé depuis?
    je cherche un stage chez un coiffeur à Berlin, mais le choix est bien trop vaste!!! connaitrais-tu des adresses sympas? la coupe mireille ne me fait pas peur, j’en ai croisées plein au printemps dernier!!!

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