Grèzophrénie

« Enoikiazeti » est le mot le plus placardé à Athènes. Sur les vitrines des magasins, sur les murs, sur les sonnettes des immeubles. Il veut dire ‘à louer’. Un pays à louer ?

A première vue, les moeurs locaux, qualifiés de ‘paresse’ par nos amis allemands s’expliquent : pour votre humble servante, il est techniquement impossible de travailler ici. Il fait 22 degrés, une douce brise venue tout droit de la mer Egée joue avec ma néo-crinière et l’appel du café sous les oliviers est juste irrésistible.

Une semaine en Grèce, c’est un aller sans retour aux sources du continent européen, des tours et détours sous les cieux des dieux, une escapade en schizophrénie, un pays au bord de la crise de nerfs, qui vibre et bouge et fait mouche. Qu’elle est loin l’image du pays en état de guerre civile, à feu et à sang, savamment distillée par les médias. Les terrasses sont pleines, les jeunes sortent, les nuits sont douces.

Où est cette putain de crise ? Première leçon. Si les Grecs souffrent, ils gardent la tête haute. Et leur sens de l’accueil et du savoir vivre. Envers et contre toutes les statistiques du chômage, de la misère, de la dépression. « Le café et la convivialité seront la dernière chose à laquelle nous renoncerons, » m’a dit un autochtone, rencontré dans l’avion. La pudeur n’empêche pas la douleur.

Passer quelques heures avec des membres du parti d’extrême droite Aube dorée, désormais troisième force politique du pays, et après 8 heures de bus, découvrir une antenne locale à Agrinio, dans l’Ouest du pays, séparée du poste de police municipale par un grillage, avec maison proprette entourée de poules, jardin japonais, drapeau d’inspiration néo-nazi et gros malabars, tout de noir vêtus, qui nous ‘attendent’.

Intégrer la scène start up en plein essor, visiter le co-working space incubateur le plus prometteur de la ville et papoter avec le fondateurs de l’app’ Pinnatta, -le social media made in greece-. Ecouter des anecdotes incroyables sur le ‘Golden Age‘, culminant aux JO d’Athènes en 2004, où l’argent et les promesses coulait à flot : « Les banques faisaient des prêts spécial vacances, mon père avait 15 cartes de crédit. Tout le monde sortait tout le temps, s’achetait tout et n’importe quoi. Nous avons merdé…»

Et s’entendre dire qu’on vit à Berlin, qu’on a de la « chance même si Angela Merkel est pire qu’Hitler. » Siroter des rakis dans des tavernas jusque 3 heures du matin. Observer des ménagères fouiller dans les poubelles et des trentenaires, sortis de chez leurs parents, fumer des joints dans un squat anarchistes à Exarchia. Contempler le Parthénon et les magasins de visons dédiés aux touristes russes en goguette à Plaka. Religion versus dérision. Tragédie versus comédie. La vie grandeur nature quoi.

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One thought on “Grèzophrénie

  1. Merkel don’t tax my sun sea… Tout est dit. Quand la sagesse millénaire relativise une crise de plus. Ou de moins. Kif kif bouricot.

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