Loque au lac

J’ai compris

1.que je n’étais pas loin de la ménopause, 

2.que je n’allais pas tarder à pouvoir demander mon passeport allemand,

quand j’ai commencé à REMPOTER des plantes vertes sur mon balcon, en bikini riquiqui et collerette aluminium.

C’est d’ailleurs lors d’une session de bronzette Monoï & Monoxyde que la lumière s’est faite aussi dans mon cervelet :  mon intégration en Allemagne est en réalité menacée parce qu’au fonds, comme tous les Grecs que j’ai rencontrés à Athènes, je reste persuadée qu’un facho sommeille dans chaque Schleu.

Certes, c’est méchant, c’est bas, c’est cliché. Mais après plus de cinq ans -et ce, même si je suis prête à tolérer la délation et l’air consensuel en soirée-, il existe de facto une limite grave à ma germanisation avancée, UN trait de caractère que je ne pourrai JAMAIS supporter.

Fin d’après-midi caniculaire à l’est de la ville, je rentre tranquillement du lac, où j’ai passé mon après-midi entre autres à chouiner contre les vacanciers qui viennent désormais avec leur tente à la plage -la tendance lourde du moment- et des valises pour y mettre tout le barda nécessaire, crèmes solaires et parasols.

Ivre de soleil sur mon vélo donc, je vois que le feu du passage piéton que je m’apprête à traverser est rouge, je regarde de côté et je pédale à fonds quand même. Surgit à ma gauche un automobiliste qui accélère quand il me voit -ce n’est pas uniquement pour le storytelling, il appuie VRAIMENT sur le champignon et son moteur vrombit- puis manque de me renverser, en me klaxonnant copieusement.

A demi-tombée d’effroi de ma selle, je lève le poing en gesticulant –en espérant le forcer à s’arrêter, pour le défoncer à coups de batte de base ball et le laisser mort sur la chaussée-.

Il ne s’arrête pas. Mais derrière moi, un petit homme en clopes et survêtement qui ATTEND lui pour traverser, éructe :

« – Das war rot. C’était rouge !

Je me retourne –pensant sortir ma batte de base ball….– Na und ?! Ca lui donne le droit de me transformer en smoothie?

-…. »

Il ne répond pas mais me lance un regard haineux. Son putain de silence le confirme. Na klar, j’aurais dû me faire écraser.

Avec mon mini-short de greluche, j’ai grillé un feu, j’ai fauté, et je mérite de me faire réduire en bouillie.

J’étais tellement furieuse que j’ai passé les deux semaine suivante à ré-analyser les causes et conséquences de l’Holocauste, le massacre des Juifs, tout en détricotant les racines de la Deuxième Guerre Mondiale, Hitler et tout ça.

La conclusion ? Avoir la loi pour soi en Allemagne, être en règle ici justifie un tant soit peu TOUT. Et ceux qui font autre chose, qui n’ont pas leurs papiers ou désobéissent doivent absolument être puni.

« Moi non plus j’aime pas trop les Allemands, » m’a plus tard consolé un ami, Bavarois de surcroît. « Ils sont maladivement psycho-rigides et font des parfaits citoyens de régimes fascistes. Tu sais Hitler était végétarien, le yoga et le bio, c’est très ‘chemise brune’… » Ce n’est pas parce qu’ils sont blonds méchés et qu’ils ont l’air gentil qu’on doit l’oublier. Soit. Je file à mon cours de yoga.

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One thought on “Loque au lac

  1. Je plussoie, moi aussi je ne m’habituerai jamais a ce trait de caractere des Allemands… De retour en Allemagne apres 3 ans de Pays Bas (ou tout un chacun grille allegrement les feux rouges sur des biclous poussifs -mais ou la bouffe est horrible, ca compense), ca fait drole. Et comme toi cette obeissance aveugle aux regles me fait frissonner (je rejoins Hannah Arendt sur ce point).

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