Pédale !

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« Tu as l’air tellement unsexy sur ton vélo. » Ok, monchéri Schleu était ivre et je soufflais sur les pavés en dodelinant de la tête comme une patiente Alzheimer mais cette remarque désobligeante m’a brisée net. Qu’avait donc voulu dire le Teuton ? Existait-il parmi les cyclistes berlinois, un univers secret de perversions et de sexualité torride auquel je n’avais pas accès ? Un royaume libidinal de la pédale ? Comment était-ce possible ?

Un ami à qui je racontais l’anecdote en pestant ‘non mais qui est affriolant sur un vélo, bordel ?‘ a ricané bêtement avec un œil salace : j’en ai déduit que oui, il devait y avoir bien un code implicite. Une sorte de mystère tribal primitif partagé par tous les hommes à vélo, qui, loin de faire du sport, se rincent bien l’oeil sur leur bécane, évaluant entre deux feux rouges, les attributs érotiques de leurs congénères.

Jusque là, je n’avais jamais vraiment considéré le bike comme autre chose qu’un moyen de locomotion. Pratique, écologique et économique : la quintessence allemande. Il m’avait fallu un moment pour me résigner à arpenter Berlin sur une selle, et pas sur mes sabots. Deux années de résistance pour abandonner mon côté Nouvelle Vague/parisienne branlette « j’adore marcher dans la ville la nuit, quoi ». Certes à Berlin, on ne marche pas dans la ville, on part en randonnée. Et si on se perd, même au centre, il faut compter genre trois bonnes heures avant de rentrer chez soi. Cryogénisée en hiver.

On dit que faire du vélo ne s’oublie jamais. C’est vrai sauf pour ma copine von C, -qui a seulement appris à pédaler à l’âge de 32 ans et depuis, préfère le taxi-. Après plusieurs gamelles sur VTT, je me suis donc résignée à trouver une bicyclette. J’ai appris à circuler l’hiver, sur la glace. J’ai renoncé aux jupes et aux talons à moins de vouloir pédaler en slip et de me vautrer à chaque arrêt.

C’était une grave erreur. Il faut sur son vélo, brushing et stiletto savoir garder ! Et surtout choisir son engin plus soigneusement qu’un partenaire.

Car le monde du cyclisme, c’est Dallas. Plus cruel et impitoyable que la plage. Un vélo non approprié peut te rendre plus repoussante qu’une verrue mal placée. Il peut aussi booster ton potentiel et te faire passer pour une déesse du sexe et de l’amour -et ce même si tu es vierge, monogame. Französin qui chouine de ne pas trouver chaussure à ton pied à Berlin, enfourche ton biclou : je te le garantis sur facture, c’est ton meilleur atout culbute ici !

Tu verras, le Teuton qui ne drague JAMAIS ce qui marche ou ce qui bouge, t’enverras des oeillades de ouf lorsque tu es en danseuse. Quelque chose chez la cycliste, comme chez la joggeuse d’ailleurs, doit exciter leur instinct de chasse. Le syndrome Guy Georges.

Soucieuse de bon goût et éprise de pragmatisme, j’ai donc établi une classification pour ces dames, afin de choisir de manière optimale sa bécane :

1. Le vélo de course, alias ‘tout cul tendu mérite son dû‘, favori de ces messieurs. Dos droit et fesses en l’air. La bicy-levrette garantit un succès sans effort. Ajouter queue de cheval, legging ou mini-short et fluidité de mouvement.

2. Le BMX, alias ‘Bonjour j’ai 16 ans et ceci est mon premier VTT‘ : les roues sont crottées mais… la barre du milieu est tellement haute, qu’elle oblige sa passagère à lever la jambes comme lors d’un french cancan pour l’enfourcher. Permet de varier les motifs de sa petite culotte. Ou de son épilation maillot, so Madonna. Marche bien avec les contemplatifs, endormis sur leur Latte Machiatto.

3. Le vélo de ville ou hollandais : généralement garni d’un postérieur imposant, d’un siège bébé à l’arrière et d’une dame un peu raide. Bof. Rentrer le ventre, porter une jupe fendue, se détendre et bien cambrer.

4. Le brinquebalant : acheté 40 euros au Mauerpark par un Hipster en Wayfarer. Marrant en cas de désintégration sur la chaussée. Ou de collision quatre fers en l’air avec une grappe de touristos justement. Pirater ses freins et mettre un porte-jarretelle.

Note aux mâles : pour toute fille normalement constituée, un mec à vélo figure en queue de peloton en terme de fantasmes, loin derrière le chauffeur routier roumain et le dealer en Merco Benz.

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4 thoughts on “Pédale !

  1. Je ne comprends pas bien votre argument pour le BMX, je ne vois pas dans quelle mesure la barre peut être plus haute que sur un vélo de course (ou que tout autre vélo d’ailleurs) ?

  2. J’ignorais les vertus du vélo, dans la conquête ardue et désespérée de l’Allemand. Parce que bon, rien de moins sexy qu’un cycliste, on en a la preuve tous les ans au tour de France.
    Même si ce ne me concerne ne pas en tant que « casée » (et même si j’étais célibataire, ce serait plutôt l’Allemande qui m’intéresserait) j’ai des amies qui s’usent le mascara à essayer de ramener un bon petit schleu dans leur vie.

  3. Je garantis sur facture à mes lecteurs, le trick du bike. Testé et approuvé. Du moins, j’ai renoué avec les joies de la drague urbaine.

  4. La petite jupe qui se soulève au vent d’un coup, ils ne détestent pas non plus…au moins ça me permet de rattraper le coup du gros vélo hollandais (pourtant si confortable…) ; ) bizzz la copine des hyènes!

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