Gym tonique

Il y a une chose géniale chez les Schleusmes parents ont peur qu’on me jette en prison parce que j’écris « Schleus »- : c‘est le sport. Salut les Musclés ! Nos cousins germains donc, randonnent et pédalent avec entrain. A Berlin, il y a des salles de fitness partout, pour des prix modiques. Exemple avec Mc Fit, le « McDo de l’haltéro » -ou le Mc Clean des chiottes-, qui ne coûte que 17 euros par mois.

Saine et râblée, la Walkyrie est ainsi championne toutes catégories –surtout poids lourds-. Pardon. En réalité, les Allemandes nous battent à plate couture et je ne donnerais pas cher de notre peau sur un ring : nous autres gourgandines de salon femmes françaises, serions les moins sportives d’Europe.

C’est vrai, nous sommes minces. Mais c’est uniquement en raison de notre paquet de clopes quotidien -et du pain et du Xanax-.

Après trente ans de silence musculaire, j’ai ainsi trahi ma patrie et décidé de m’inscrire dans une salle de sport pour survivre à l’hiver local. Lors de l’édition 2012-2013, huit mois durant, je n’ai pas osé quitter ma veste en mouton, mon bonnet en lapin -ni mes mollet de faon d’ailleurs. Rebaptisée la Fée Stasi par mon entourage proche et alors qu’à la date du printemps, la neige continuait à tomber, j’ai compris qu’il ne me restait plus qu’une solution : le suicide. Ou le fitness.

On m’a dit que c’était « typique » chez les trentenaires rombières, entre injections de Botox et nouvelle coupe de cheveux. « A 20 ans, on a le corps dont on hérite, à 40, celui que l’on mérite ! » mugissait toujours Daddy, en shorty fluo sur son vélo, à l’assaut des collines. Je m’applique désormais à bâtir mon postérieur et fuseler mes jambonneaux, à grands coup de tapis volant et autres appareils de muscu tordus.

Ce n’était pas gagné. Longtemps déclarée ‘inapte’ par mes professeurs d’EPS, lors des sessions de cheval d’arçon ou des épreuves de cross country, il m’arrive encore de murmurer à mon professeur de tango, Roberto, que « j’ai une grave scoliose » : cela m’empêche de me tenir droite -mais me permet de projeter mon cul en arrière telle une dinde scintillante glissant sur le parquet-.

La salle de sport que j’ai choisie est rutilante, odieusement chère et dédiée uniquement aux femmes. Un véritable gynécée du culturisme. Les vitres à 180° m’offrent une vue imprenable sur l’Alex et les Plattenbaus alentours. Dans les vestiaires, il y a des publicités pour des produits anti-mycose des pieds et des filles épanouies, les aisselles toutes lisses et la crinière en arrière, avec leur nouvelle brassière Reebock anti-transpirante. Il n’y a pas de néons mais un sauna superbe.

Et il y a SURTOUT Micky, l’un des ‘personal trainer‘, le seul homme à quinze kilomètres à la ronde, aux gros biscottos et aux jolis sourcils épilés. D’une gentillesse coupable, il me lance des sourires encourageants, quand je commence à baver en plein crunchs -sessions d’abdominaux censés me donner des tablettes de chocolats mais qui m’explosent le côlon-. Pauvre Micky ! Il n’entraîne « personnellement » que des dames obèses, à deux doigts de l’insuffisance respiratoire sur son Power Plate.

Le matin, quand j’y vais, est consacré aux douairières de 60+, le reste de la semaine à des lesbiennes musclées, chassant les créatures bronzées qui courent plus vite que l’éclair sur leur tapis de course. Lorsque j’ai réalisé que ma propre vitesse de footing flirtait avec de la marche rapide, je me suis lancée dans le combiné nordique.

En pleine montée cardio-vasculaire, je trottine tel un soldat hystérique. Devant moi, sur les écrans de télé, des clips défilent avec des questions/réponses que je ne comprends pas : Exemple : « Quel est le prénom gangsta de Klaus ? » Je bloque pas mal sur les retransmission des Feux de l’amour teuton, « Sturm der Liebe » avec beaucoup de choucroutes blondes et d’intrigues dans des Biergarten -le plot se déroule en Bavière-.

Sur mon tapis, parfois je trébuche, parfois je me compare à ma voisine de tapis, et je fais secrètement la course avec elle -sans qu’elle s’en rende compte-. « Plus vite, la vioque ! » Et si je gagne, je lève les bras en l’air, en symbiose avec les hurlements de Mercury sur « We are the champions ».

Le sport, c’est une question de mental. Et pour me motiver, je pense bien aux petites humiliations que les Allemands me font subir. Ca m’aide à soulever les poids plus facilement. Dans mon jogging gris informe, le cheveu gras collé sur le front, la bouche déformée par l’effort. Je suis bien contente qu’aucun homme ne me voie. Excepté Micky of course.

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2 commentaires sur « Gym tonique »

  1. C’est hilarant ! On dirait trop moi, sauf que moi, j’vais au mcdo du fitness et.on y rencontre de tout. Du coup je me sens pas trop bizarre de.courir en sueur sur mon tapis quand.ma voisine, probablement le même âge, est aussi transpirante, degoulinante et flageolante.
    Bref. Sinon McFit, c’est 19,90€ et non 17€. La douche est gratis maintenant, ça explique tout.

  2. hahahahahaha…

    Pourquoooooiiiiii?! Je connais la salle de gym précitée tout à fait bien!

    Chaque fois que j’entre dans un de ces temples de l’adoration du corps, je ne peut pas éviter de penser que la seule explication de mon comportement c’est que je suis vraiment maso 😉

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