Opération déminage

Août 2013 : les yeux du monde entier sont braqués sur la Syrie et la probable utilisation d’armes chimiques par le régime du moustachu Bachar el-Assad. Les navires de guerre de l’OTAN sont stationnés en Méditerranée, au garde-à-vous, prêt à intervenir militairement à tout moment.

Pendant ce temps-là à Tirana, en mer Baltique, entre touristes et clapotis estival, une dizaine de démineurs et autres charmants rafiots de l’OTAN, battant fièrement pavillon lituanien, letton, belge ou polonais, achève une petite semaine de vacances, pardon, de déminage. Dans le silence complet des médias.

Toujours pour vous servir, votre reporter sans frontières était là pour assister au « théâtre des opérations », comme on dit dans le jargon.

IMG_2558

J’ai eu de la chance, la météo était splendide, la mer calme, j’ai donc pu mener mes interviews dignement, sans morceaux de vomi, ni virer au vert bouteille, devant les gars de la Navy. Avec l’armée, au moins les réponses sont nettes et sans bavures. Quand le capitaine ne voulait pas me répondre, il me disait, avec sa voix de stentor en haussant ses grosses épaules : « je ne suis qu’un soldat, j’exécute les ordres ».

J’ai bien ramé pour décrocher du biscuit. Du coup, j’ai tourné plein de petites vidéos « d’ambiance ».

Balayer devant sa porte. L’opération ‘Open Spirit‘, pour ‘Esprit Ouvert’, oui, oui c’est bien son nom de code, l’une des plus large opérations navales de ces dernières années, organisée sous l’égide de l’OTAN et sous commandement lituanien, donc, vise à nettoyer les fonds de la mer Baltique des obus, bombes et autres joyeux détritus, largués sans vergogne par les Alliés, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en 1945 puis par les Soviétiques, lors de l’effondrement du bloc de l’Est dans les années 90.

Les médias locaux, conviés à l’évènement lors d’une journée spéciale, présidence lituanienne de l’UE oblige, ont eu droit à la to-tale au port de Klaipeda d’abord, en mer ensuite : petite parade militaire, défilé de gradés, ravissants matelots que n’aurait pas renié Jean-Paul Gaultier, musique de chambre, virée en mer avec explosion factice de 300 kilos d’explosifs judicieusement placés en pleine mer, pour recréer l’impression d’un véritable déminage puis démonstration de force en pleine mer avec chorégraphie de démineurs et hélitreuillage.

Z’était choli ! Surtout, cette petite vidéo où le compte-à-rebours de l’explosion a un chouïa merdé -à 1″15-.

Certes, j’ai un peu flippé ma race quand l’équipage se mettait à crier en russe mais c’était pour de faux, comme dans un jeu vidéo, et les matelots étaient tous très gentils.

Néanmoins, quid de l’utilité de convier les journalistes à un show pyrotechnique artificiel, qui en plus de bien défoncer l’environnement doit coûter bonbon ? Pourquoi ne pas simplement embarquer des journalistes lors des véritables opérations ? « Question de sécurité », m’a t-on répondu. Et le budget ? « Pas de budget. » OK. Et sinon, la Syrie tout ça, vous êtes pas trop tristes de pas être avec vos petits camarades en Méditerranée ? Blanc.

Néanmoins, question strip tease, j’ai été servie : il y avait de l’uniforme au taquet, des coups de sifflets, des armes, j’ai pu visiter tous les recoins du démineur, cales incluses, et harceler de questions tous les mâles présents à la ronde, sans me prendre de vent. Chacun de mes pas hésitants était accompagné de roses d’un clin d’oeil : le rêve ! Petit bémol : la déco intérieure du démineur est à revoir, sans fenêtres avec un petit mess tristoune et des toilettes tapissées de pin up à poils.

Plus sérieusement, seules une dizaine de bombes aura été trouvé et explosé lors de ces dix jours de recherche dans les eaux territoriales lituaniennes, alors qu’il y en aurait plusieurs milliers, enfouies dans les fonds de la Baltique, menaçant l’écosystème, les poissons, les pêcheurs et le trafic maritime dans la région. Sans oublier les 40 000 et 65 000 tonnes d’armes chimiques, zyklon B, ypérite, gaz moutarde et arsenic, résidus des stocks des Etat majors nazis puis soviétiques, dont il a bien fallu se débarrasser.

Et les Alliés qui les ont jetés ni vu, ni connus, assurent aujourd’hui le service nettoyage après-vente, avec plus ou moins de succès. Out of sight, out of mind. Bachar doit bien se marrer.

Publicités

Un commentaire sur « Opération déminage »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s