Xmas Karma

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Hier soir, je me suis fait voler mon sac à main. Ca m’a mis un petit coup de vieux : normalement, c’est un truc de mamie pied-de-poule qui, en hululant, se fait arracher son sac-baguette sur la Promenade des Anglais de Nice. Hé bien, pas du tout. Figurez-vous que j’étais à Berlin, au bar, genre peinard. Dans un bistrot superschleu en plus.

Oui parce qu’avec les copines, on a inventé un nouveau jeu pour éviter les troquets langoureux de Pénis Berg, tellement gentrifiés qu’on n’y croise plus que des graphic designers à grosses montures, des filles en larges pulls cachemires gris et chignon blond et des Übermutter entourées de nains piaillants. En véritables autochtones, on se donne désormais rendez-vous dans les derniers vrais kneipe de l’ex-Berlin Est, des endroits improbables et souvent kitsch, où des anti-hispters, des bikers en cuir à catogan nous lancent des regards  de killers, un peu obliques à travers leurs mousses.

Hier donc, j’arrive en retard dans l’un de ces tripots, jette mon sac à mes pieds et j’escalade un haut tabouret pour m’asseoir au comptoir en bois, me battant avec trois Père Noël en plastique pour ne pas finir étranglée par une guirlande clignotante. Après quelques minutes à jacasser autour d’une binouse, on finit par obtenir une table. On est ravies de s’engloutir bientôt une jambe de porc braisée dans le gosier parce que franchement, ça pèle sa race.

Lors de notre migration, je m’aperçois avec effroi que mon sac à main a disparu. En moins de cinq minutes. Branle-bas de combat, hurlements sauvages, regard de mérou congelé, glotte en panique, le bar s’anime brusquement. Le nez dans ses Knödels, mon voisin à l’angle du bar m’affirme avoir remarqué un type un peu louche qui est entré, a juste regardé les menus à côté de moi, avant de repartir subrepticement. « Il avait une barbe, un type indien. »

Les esprits s’échauffent : tout le monde a un avis, des poings se lèvent, les habitués proposent pêle-mêle une soirée Pogrom & Polizei, non pardon, la description de mon sac à mains, où je l’avais posé, si j’habite le quartier, mon numéro de téléphone -que j’avais heureusement gardé dans la poche de mon manteau. Ma copine et moi sortons jeter un oeil dans la rue : alors voilà, comment vous dire ? Scruter le carrefour d’Eberswalder strasse et les passants un soir d’hiver : on n’y voyait tellement goutte qu’on aurait pu lyncher tout le monde, la nuit même un Polonais a des racines afghanes.

Je commence à sérieusement flipper : évidemment, j’ai la totale dans mon sac. J’imagine déjà le retour chez les Francs dans deux jours. Sans papiers la probabilité de galère est maximum, surtout vu l’ambiance Leonarda tout ça. Portefeuille complet avec cartes bleues, passeport, sécu, Fitness First, Bahncard 25, permis de conduire, carte de presse et cerise sur le gâteau, les clés de mon appartement -avec l’adresse écrite sur tous mes papiers.

On se rue donc chez moi, sur le chemin, je découvre que j’ai finalement mes clés dans l’autre poche de manteau –journaliste un jour, journaliste toujours, on s’en fout toujours plein les poches-, la pression retombe un peu. Il n’est plus si certain que « l’Indien » me viole avec son pied-de-biche vienne me cambrioler quand je serai en France pour Noël. Du coup, j’achète quelques bières au Späti.

Ami lecteur, je te passe les détails sur les pénibles démarches, lister tout ce qu’il y avait dans le sac, ne rien oublier, faire opposition à la banque, tout ça. Ma copine me coache, d’ailleurs c’est elle qui passe les coups de fil (de soulagement, j’ai trop bu pour articuler en allemand). J’en profite pour démouler un petit gâteau au chocolat, on va pas se laisser abattre bordel!, histoire de nous réconforter et faire descendre notre taux de cortisol. On finit comme des queues de pelle.

Le lendemain matin, aux aurores, je me lance dans la tournée des administrations locales pour faire état de la perte de mes papiers et recommencer toutes les démarches à zéro. Sécu, ambassade de France, elle est sympa la balade dans Berlin dans le froid glacé. Jusqu’à ce que je reçoive un appel, puis ce mail « Hallo Frau Prune, es wurde gerade Ihre Brieftasche bei uns abgegeben. Mit freundlichen Grüßen » Signé : ma banque.

Soit, en VO, « Bonjour Madame Prune, on vient de déposer votre portefeuille à l’agence centrale de la Berliner Sparkasse. » Je m’y rends en sautillant : la matrone de l’accueil m’accueille comme la réincarnation de Gandhi et m’explique que deux ouvriers ont retrouvé au petit matin le portefeuille dans une rue près des Hackescher Höfe, au centre de Berlin, à quelques kilomètres du lieu du larcin, fouiné dedans avec leurs grosses pattes pour savoir qui était cette bonnasse de Französin et l’ont soigneusement ramené à la banque la plus proche. Excepté la thune, tout est dans le maroquin.

L’employée de banque derrière sa monture stricte, essuie une petite larme : elle me dit qu’elle n’a « jamais vu ça ». Genre magie de Noël grave ! Genre fucking good karma ! Merci Berlin, du bist so wunderbar  !

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