Le mystère Merkel

Les Schleus ont beaucoup de défauts et un drôle de Joker : Angie. Madame Merkel, bien qu’elle fasse de son mieux pour être la plus discrète possible, exerce une véritable fascination sur bon nombre de citoyens. Dont votre humble servante.

Cela fait cinq ans que j’essaie de décrocher une interview avec elle pour un magazine féminin : papoter RDA et FKKG8 et confiture avec la chef de l’Etat teuton serait naturellement la consécration journalistique de ma jeune vie. Dans le milieu, elle est connue pour ne pas aimer les médias et s’en méfier comme de la peste bubonique. Son image a beau être contrôlée, verrouillée même, après 9 ans de règne, sa popularité reste intacte : 70% des Allemands s’estiment satisfaits de son action.

MAIS comment expliquer le succès d’une Chancelière à l’apparence si lissesi lente à prendre une décision, si prudente dans ses choix ?

Après cinq années de mails, de relances téléphoniques du PR Abteilung de la Chancellerie, de soudoiement de collègues, j’ai dû jeter l’éponge. Le dernier mot de sa chargée de communication à l’approche des élections allemandes de 2013 ? ‘Désolée mais Frau Merkel préfère se concentrer sur ses concitoyens et s’adresse en priorité à la presse nationale‘.

Lorsque j’ai vu la grande interview conjointe accordée à cinq grands quotidiens européens dont le Monde, je l’ai eue mauvaise.

Angie, qui célébrera ses 52 ans le 17 juillet, refuse donc de jouer la carte du girl power. Les délires recessistas-fashionistas-greluches, diète-détox, bronzage-bondage ? Niemals !

Elle ne tergiverse pas, elle gouverne. Elle ne s’épanche pas, elle tranche.

Coupe de cheveux Playmobil, tailleur monochrome, immuable, insondable et indéboulonnable, elle incarne le plus grand mystère politique depuis Maggie Thatcher -et le plus grand mystère de la planète mode, les ‘tenues singulières’ de Frau Merkel étant dessinées à Paris par une styliste française héhé- NDLR-

Il arrive qu’entre deux dossiers urgent, une réunion de crise sur Israël et des discussions sur le nucléaire, Angela se rende en personne pour une petite session de shopping folies aux Galeries Lafayette de Berlin, temple du bon goût s’il en est. Angela prend une pause, entre midi et deux. Pour recharger ses batteries et se distraire des collègues – Barack qui la baratine et ces cons du service NSA.

Ce jour de juin, elle débarque dans le magasin de la Friedrichstrasse, au Département luxe. Sa conseillère habituelle n’est pas là. Sans hésiter, elle se dirige une jeune et jolie recrue, qui passe du désoeuvrement à la panique la plus totale.

Bien sûr, celle-ci a bien remarqué les quelques gardes corps, en oreillette et costumes noirs dans les coins, mais les clients eux, continuent de vaquer à leurs occupations, les accès du magasin sont en open bar. Tout semble si étrangement normal. Sauf que Frau Merkel slalome tranquillement dans les rayons.

Personne ne savait que la Chancelière allemande allait débarquer ce jour-là, aucune consigne, aucun ordre n’a été donné aux employés. Quand Jay-Z et Beyoncé déboulent aux Galeries, le magasin est fermé pendant des heures, et c’est limite si des hélicoptères et des vigiles en Kala 7 ne patrouillent pas dans les parages.

La femme la plus puissante du monde, celle qui fait trembler Poutine et la Grèce- se dresse devant notre vendeuse et lui demande conseil. Arborant une blondeur angélique qui la rajeunit et visiblement amincie depuis son accident de ski de janvier dernier. NDLR-

« – Bonjour, je cherche un sac pour une soirée de gala.

– (Couinement inaudible) Quelles sont vos marques préférées ?

– J’aime beaucoup Coccinelle et Longchamps. »

Frau Merkel est exquise de politesse, de calme, de modestie. Elle parle un « betit beu » français. On lui présente un modèle ‘extravagant’ qu’elle décline. « Très choli mais un peu cher ». On la cajole, on lui sort le grand jeu. « Che n’ai pas beaucoup de temps fous savez », lance-t-elle avec un délicieux petit rire de gorge.

Mein Gott, « l’avenir de l’Allemagne est entre de bonnes mains » -s’ils gagnent le Mondial 2014 ils vont juste devenir insupportables de perfection-.

Une dizaine de minutes plus tard, Merkel se décide pour un sac à son image, simple et accessible.

Au moment de payer, la caisse enregistreuse elle-même sous le choc, rend l’âme avec la carte bleue de la Chancelière. Celle-ci, loin de perdre son calme olympien, prévient la vendeuse qu’elle doit partir maintenant assister a une betite réunion‘. Avec Bachar ?

Notre vendeuse se répand en excuses, met le précieux butin de côté, s’attend à voir débarquer un coursier. Nein, nein, nein, c’est Madame Merkel elle-même qui reviendra, en fin d’après-midi, récupérer son sac. Avec une petite bouteille de champagne de la direction, tout de même.

Bref. Merkel fait ses courses entre midi et deux.

Merkel n’a pas de personal shopper.

Merkel est une femme comme une autre.

La Chancellerie est aux 35 heures.

L’Allemagne ou le triomphe de la présidence normale.

 

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