Bye-bye Wowi


Treize ans après son arrivée à la mairie de Berlin, le sémillant Klaus Wowereit, dit ‘Wowi’, blond vénitien et costards serrés, va déserter. Sa démission qui prendra effet en décembre a eu l’effet d’un coup de tonnerre outre-Rhin. La cause de son départ ? Le fiasco magnifique de l’aéroport BBI, ‘Belle Bite Internationale’, pardon Berlin Brandebourg International, une construction pharaonique malencontreusement commencée dans un marais, entre nénuphars et hérons.

Personnellement, je trouve que ce petit chantier foireux à 5 milliards d’euros rend les Allemands faillibles -et donc incroyablement sympatoches.

La date d’ouverture de l’aéroport n’est toujours pas connue -il devait être opérationnel en 2010– mais on peut déjà le visiter, comme un monument inachevé. Quand on arrive par les airs à Berlin, il n’est pas rare de voir briller de mille feux les pistes d’atterrissage et la carcasse de verre et d’acier du site-fantôme, la facture d’électricité étant parait-il, a-by-ssale.

Also, bye-bye baby ! Certain médias locaux agitent la brosse à reluire et saluent le rôle que tu as joué dans la mue incroyable de Berlin-pinpin, sa transformation de grosse ville un peu indolente en métropole branchée, cosmopolite, cultivée, connectée, au coeur de l’Europe. Soit.

Moi j’ai envie de dire ‘bon débarras’ ! Car je crois mon pauvre Wowi que tu as vendu ta ville, comme un vulgaire marchand de tapis. Tu l’as marketée. Tu as modifié son ADN et négocié discount son espace et sa liberté. Comme les faux bouts de Mur, fabriqués en Chine et vendus par des Biélorusses à la porte de Brandebourg qui s’arrachent à prix d’or par des touristes ignorants.

« Pauvre mais sexy« , ton slogan me sort par les yeux.

Lorsque je suis arrivée ici en 2008, tu étais à mi-mandat à la mairie. Je n’ai certes pas connu l’énergie post-Wende, la folie des nineties et de la réunification mais je peux affirmer que mes trois premières années ici ont été une parenthèse enchantée, un bonheur quotidien, l’impression de vivre sur une île délicieusement hors du temps et des modes, un coin isolé et venté, dans les steppes prussiennes, entourée de personnes délicieusement idéalistes.

L’amour dure trois ans ? En 2011 ont débarqué les bulldozers et ce personal branding branlette de la ville que tu as orchestré de main de maître : Berlin est devenu bruit, embouteillages, bordel.

Ville de la division, de la confrontation Est-Ouest, du cours d’histoire à ciel ouvert, la capitale teutonne incarne désormais la ‘party town’ des hipsters et des promoteurs immobiliers, entre consumérisme galopant, pop culture toc et vacuité totale.

Au fil des saisons, les exemples de ce merchandising cheap se succèdent.

Les cars de touristes ne se limitent plus à la porte de Brandebourg mais slaloment désormais à la découverte des quartiers « branchés » pour une découverte fion et lumière du « berlin lifestyle » –  cad mes séances de bronzette corolle en alu & monoxyde sur mon balcon de Prenzlauer Berg -.

Ces animaux de Tussi ‘touristes’, débarqués par Easyjets entiers, qui passent leur week end à vociférer, à vomir et à traîner sur les pavés leurs PUTAIN de valises à roulettes. Les files d’attentes pour les musées, les bars bondés, les restaurants à réserver.

L’invasion des hipsters, des Français et en général, d’une troupe internationale de jeunes gens médiocres et mainstream, convaincus qu’être un ‘artiste’ signifie n’en foutre pas une, faire la fête et snifer de la cocaïne.

La coolitude et l’anti-conformisme sont devenus les arguments de vente des agents immobiliers et ont provoqué une augmentation de 30% des loyers en six ans. Gentryfication, spéculation, les prix grimpent, les locataires trinquent !

Il ne reste à Berlin quasiment pas un seul terrain vague, quand je regarde ‘Les Ailes Du Désir‘, j’ai l’impression que Wim Wenders a tourné sur la Lune.

Depuis 2011, j’assiste en tremblant à la lente agonie de ce qui a été, indeed, THE ville la plus cool du monde. Du snobisme de zugezogene ce ‘berlin Bashing’ ? Non, qui aime bien, châtie bien, Wowi.

Nous autres journalistes avons largement contribué à cet engouement et je maudis la dizaine de papiers que j’ai signé sur la ville, vantant la douceur de vivre locale. Les médias internationaux s’obstinent depuis une décennie à véhiculer une image d’une capitale ‘créative, innovante, à la pointe de la branchitude‘. C’est tellement plus facile que d’évoquer la pauvreté galopante, l’effarante exclusion sociale ou les perdants Ossis des Plattenbaus ! Berlin doit être jeune et hype. Forever. La messe est dite.

Je ne suis pas la seule vieille bique à le dire et peut-être qu’outre le botox, je devrais penser à me barrer. Ou simplement changer de Kiez ? Pour l’instant, j’attends de pied ferme ton successeur et je ne te félicite pas mon Wowi. Tu pouvais mieux faire !

 

 

 

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