Vélomania

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« Un jour viendra, tu perdras ta tête » m’a souvent rouspété Mamie en taillant ses rosiers. Elle a raison. Je perds régulièrement mes clés, mon portefeuille, bref, toutes ces jolies choses de la vie, en poussant des gloussements effrayés. Il m’arrive aussi d’oublier mes liasses dans le distributeur… Je me rassure en me disant qu’il se passe probablement des choses tellement absorbantes dans mon cerveau qu’il est programmé pour fonctionner au-delà des contingences matérielles.

Pour ne pas déroger à la règle cet été, à dix jours d’intervalle, je perds d’abord mes papiers puis mon vélo. Je ne suis pas très inquiète. La dernière fois qu’on m’a volé mon sac -il y a six mois- les sympathiques ouvriers du BTP qui l’ont retrouvé dans un terrain vague vers Mitte l’ont, de leurs grosses mains calleuses, remis à mon banquier.

A Paris, en 2012 après une scène de ménage sur les quais de Seine, j’ai perdu un maroquin complet avec Visa, passeport, permis de conduire etc… Deux ans plus tard, en juin dernier donc, le service des Objets Trouvés de la Gare d’Austerlitz me contactait pour m’annoncer qu’on avait « récemment retrouvé l’objet dans un RER parisien » et qu’on pouvait me le renvoyer via Poste, contre 10 euros.

Je rends ici hommage au zèle pervers d’un employé du bureau qui, m’ayant trouvée sacrément « bonnasse » (sic) sur mes pièces d’identité, a pris l’initiative de me googliser pour retrouver mon contact et m’informer. Comme quoi, le stalking a du bon !

Re-belote en août, je perds ma ‘valette‘ sur le Kudamm, les Champs-Elysées berlinois, en courant en robe de soie sous la chaude pluie d’été, me croyant manifestement dans un film de Godart. Las, personne ne s’est manifesté pour me le rendre. Je vous raconte pas le « moment de grâce » des démarches administratives en plein mois d’août – l’ambassade de France à Berlin n’a visiblement qu’un seul fonctionnaire en poste-.

Loi des emmerdements en rafale oblige, une semaine plus tard, mon vélo se fait la malle. J’en ai perdu quatre de vélos en six ans de vie commune à Berlin. Le premier s’est fait chouraver streetstyle parce que je trouvais Berlin tellement ‘safe’ que je ne l’avais pas attaché. Les deux suivants ont disparu dans ma cour intérieure. D’après mon concierge alcoolique, ‘c’est normal car il y a un médecin ORL dans l’immeuble et y’a du passage‘. J’ai du mal à imaginer un mec atteint d’une pneumonie voler un vélo hollandais mais soit.

Il faut savoir que Berlin, sans vélo, c’est invivable. Ici, on ne trottine pas en talons sur des petits pavés follement Rive Gauche. Tout prend des heures, les kilomètres s’étirent comme les courbatures. Très vite, j’arrête mes randonnées, j’emprunte les transports publics au black. Très vite aussi, je me fais choper. Donc, je décide de me racheter un vélo.

Sur Internet, on sent bien les coups foireux : genre recel&prostiputes quand l’annonce présente une série de photos de bicyclettes, tristement alignées dans une cave glauque, éclairée par des néons -ambiance otage-. Une copine me donne le contact ‘top’ de ses ‘réparateurs Roumains à Lichtenberg‘. C’est trop loin.

Je finis par me rendre dans un immeuble béant au Sud de Neukölln pour essayer un ‘vélo pour dame en super état avec corbeille‘, dixit l’annonce. A l’arrivée, c’est une épave avec un chassis brinquebalant que j’escalade avec ma jupe sur les épaules en me croûtant en prime parce que mes jambes sont trop courtes -ou la selle trop haute-. Les petits Syriens se marrent, c’est la fête du slip ou quoi ? Je me retiens pour ne pas leur demander leurs papiers. Finalement, je leur dis gentiment : « Choukran, niets bruder « .

Quelques heures plus tard, je tombe sur une autre offre de ‘vélo danois’ à vendre. Ne me demandez pas ce qu’est un vélo danois. Sur le moment, dans la confusion et l’énervement le plus total, j’ai imaginé une sorte d’Ikea du bike, un moyen de locomotion d’une solidité incroyable, fonctionnel, design et discret.

L’étudiante américaine au look de junkie avec piercing dans le nez et nez poudré, me propose de l’essayer dans les rues de Kreuzberg. Je n’ai pas le courage j’ai envie de faire pipi, je décide donc royale, de conclure le deal en 30 secondes. Erreur : sur les vingt minutes de trajet retour dans mon Kiez de Pénis berg, je réalise avec effroi qu’il n’y a pas de phares, les freins marchent mal et les vitesses tâtonnent. Pigeonne style.

Depuis, j’ai revendu ma rade sur Craig’s list. Kikoo les Ricains plein aux as ! Avec le bénéf, j’ai été m’acheter une merveille de vélo dans un endroit que je vous recommande, mes oisillons : les Pirates de la Schönhauser allee. L’atelier est peuplé par de véritables Dieux du stade. Des mécanos-bombes sexuelles, soyeux et sympas : à demi-nus, ils réparent pneus et chassis en faisant rouler leurs muscles sous leur peau bronzée. Pour les perdus de la pédale, à ne pas rater !

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