Chez les Yankees

HIIIII! HOW ARE YOU DOING motherfucker?

Sur la route. ENFIN. Deux semaines et 3 600 bornes à travers la Nouvelle Angleterre. Vive les vacances ! Ma virée ricaine a commencé par un joli mariage so upper class dans les Hampton’s avant de partir sur les traces de Jackie et John K, entre Rhode Island, Newport et Martha’s Vineyard : je bénis ces quelques jours de paix où mes seuls interlocuteurs ont été le réceptionniste du motel et des bancs d’otaries sur les plages de sable blanc du Cape Cod (alias le Cap des morues, ça fait tout de suite moins glam’).

S’est ensuivie une folle chevauchée sur la côte dentelée du Maine -lieu de villégiature du peintre Edward Hopper-:  autant vous dire mes myosotis que le slalom entre fjords et phares sauvages a tourné à l’odyssée ‘foodie’ avec overdose de homard et bistrots ‘locavores’. Non, je n’ai pas avalé un seul burger/bagel/donught en quinze jours mais des ‘grain salad’ et des vins californiens. Il y a pas que des obèses de vrais gourmets aux States.

Je suis aussi partie en randonnée chez les néo-hippies du Vermont, entre sirop d’érable, vignobles et saison des feuillages embrasés par l’été indien : soit quelques jours de ravissement à MONTPELIER et sa sympathique banlieue, BERLIN -so true !- Notre campement n’était pas très loin des champs de Woodstock dont l’annonce du festival en 1969 promettait : « Trois jours de paix et de musique. Des centaines d’hectares à parcourir. Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte-ciel ou un feu rouge. Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer. Cuisine toi-même tes repas et respire de l’air pur. » Mission accomplie baby ! Les paysages vallonnés, les biches et les dindes, la nature à 360°, les paysans avec leurs fourches pick up et leurs guns : le séjour a été un enchantement bucolique de tous les instants.

THAT WAS PRETTY AMAZING ! 

Le choc avec NY s’est révélé d’autant plus extatique. Source d’énergie permanente, cité vertigineuse, fiévreuse, dangereuse, aux boulevards podium et gratte-ciels fuselés, où le monde entier t’ouvre les bras à chaque bloc, surmonté par le drapeau étoilé, histoire que t’oublies JAMAIS où tu es. I just loved it. Ach, que chaime ze betit côté Rampo !

De la réserve naturelle de hipsters musclés et moustachus –y’avait pas un tromblon au m2– aux juifs orthodoxes de Williamsburg, des bobos chics du Village à Chinatown, Fifth Avenue, Central Park, Little Italy, émerveillée, j’ai trotté sur les artères de Manhattan et de Brooklyn, les ponts, les métros en long, en large. Observant, critiquant, comparant. C’est quoi l’Amérique ? Des supermarchés, grands comme des cathédrales, regorgeant de paquets de bouffe pour ogre, les excès, l’hypocrisie, le trash, le patriotisme, la liberté, le puritanisme, la gaieté, le conformisme, les cow boys, les gratte-ciels ?

NYC est la seule ville de l’univers où les femmes s’habillent vraiment COMME dans les magazines de mode, défilent et défient la pesanteur de leurs it-bag, perchées sur des stilettos aiguisés, hurlant des « Hiiiiiiiii, it is amazing » dans leur Iphone. Elles ont des crinières soyeuses, des dentitions de requins, des ongles manucurés et des looks monochromes, inspirés des pires navets hollywoodiens. Barbie à donf !

I MEAN, LIKE, REALLY! 

Cette avalanche de perfection bronzée-brushée-stylisée les rend curieusement très fades. Formatées à mort. Comme des poupées porno 0 défauts. J’avoue que j’ai pas adoré vadrouiller comme un petit troll boursoufflé, avec mes cheveux gras et mon pull étriqué… Mais seigneur, que doivent donc penser les Américaines quand elles viennent en Europe ? Que nous sommes souillons ? Que nous sommes leurs brouillons ? Que nous avons la syphillis et la philosophie ? Que signifie donc outre-Atlantique cette déferlante d’ouvrages sur le chic de la femme française ? Car je l’admets, nous sommes sales mais intelligentes ?

Parce que question conversations, well aux Etats-Unis, c’est pas Adorno. Tout le monde est très poli et gentil. Les gens sourient et crient en permanence, c’est à peine croyable cet enthousiasme de forcené : toute cette bonne humeur,  c’est infernal, on se croirait dans un asile psychiatrique. Pire, le Ricain mène souvent ses échanges en mode Actor’s Studio, comme s’il était en compétition pour les Oscars. De là, deux possibilités : où les visiteurs adorent, se sentant comme des êtres de lumières face à ces braillements de joie, à ce déferlement de « awesome » ou de « great » lorsqu’ils racontent le moindre truc banal.

WHAT THE FUCK?

Les dévisageant en mode parano, j’avais plutôt l’impression qu’ils se foutaient de ma gueule. Mais non, c’mon, ils étaient juste accueillants. Superficiels mais sympas. L’Européen serait-il par nature un dépressif suspicieux ? La mélancolie existe-t-elle aux Etats-Unis ? Par pur esprit de contradiction, arborant ma French Touch -cet air revêche qui fait rêver le monde -, abritée derrière la fumée de mes cigarettes, je me demandais quelle réponse appropriée donner à cet épouvantable « How are you doing, today?«  « Fine! I shouldn’t forget to take my psycho pill or I may kill your kids? » Ou plutôt « shut the fuck up bitch? »

De là à dire que je préfère les Schleus ? « Nous aussi on été très déçus par les Américains quand ils sont venus nous libérer en 45 » m’a dit Mamie quand je lui ai raconté mon voyage. Héhé. Je suis tranquille, c’est de famille.

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