Allemagne, néo-nazie ou multikulti?

L’Allemagne est devenue la première terre d’immigration en Europe, et la deuxième dans le monde, après les States : en 2012, le pays a accueilli 465 000 migrants selon un rapport de l’OCDE tout juste publié. En comparaison, en 2009, l’Allemagne occupait la 9e place. Certes, tout le monde ne veut pas se nourrir de Wurst et voir la nuit tomber à 15h15 en hiver, mais cette progression marque une belle performance.

De prime abord, les Schleus ont l’air plutôt contents. Il faut dire que 2014, c’est leur année : champion économique, champion du monde de football, champion immigration. Geilomat ! Cette explosion de l’immigration tombe à pic. Avec une population menacée d’extinction, la natalité trop faible ne suffisant pas à renouveler la pyramide des âges (1,3 marmot par femme, l’un des plus bas d’Europe), les politiques, tannés par les sociologues, ont commencé à flipper. Une population de seniors en « rollators » (l’équivalent de nos déambulateurs), le casse-tête du financement des retraites, le manque de personnel dans les IT (les nouvelles technologies), la santé ou les aides à la personne : il fallait agir, et vite !

Dès 2008, en pleine crise économique, et alors que la majorité des États européens se sont recroquevillés peu à peu sur eux-mêmes, la Teutonie a compris qu’il était dans son intérêt d’attirer une nouvelle génération de « Gastarbeiter » – ces « travailleurs invités », pour la plupart Turcs, arrivés dans les années 1960 pour reconstruire le pays après la guerre.

Procédures de visas facilitées, financement de cours de langue, ouverture de centres d’accueil, l’Allemagne est devenue la reine des initiatives visant à favoriser l’immigration, plutôt sélective, il est vrai. En 2011, le gouvernement lançait même son site sexy « Make It In Germany! » avec une hotline et en anglais, distillant conseils pratiques pour trouver un logement, un travail, étudier ou survivre à l’administration schleue.

L’opération séduction a marché à plein régime : beaucoup de Ritals, d’Espagnols ou d’Européens de l’Est sont arrivés avec leurs valises en carton dans cet îlot de prospérité, sacré nouvel eldorado du plein emploi. Mais l’Allemagne est également devenue la terre d’accueil numéro un des demandeurs d’asile des quatre coins du monde : 110 000 personnes ont présenté un dossier, loin devant les États-Unis (68 000) et la France (60 000).

Toujours selon l’OCDE, 19,7% de la population allemande serait d’origine étrangère en 2013, ce qui représente un véritable défi. Car si Mutti Merkel évoque volontiers les bonheurs du grand bain « multikulti », affirmant que « l’immigration est une chance pour tous », tous ne l’entendent pas de cette oreille. Ces derniers mois, l’extrême droite a ressurgi en force dans le débat.

Il est facile de caricaturer le Schleu en néonazi rasé et rageur, la main sur Mein Kampf, mais le racisme reste une réalité et un problème dans la société allemande. Flambées de violence, incendies criminels de mosquées ou attaques contre la communauté musulmane sont devenus monnaie courante et même le très neutre Spiegel a alerté cet été sur l’intolérance croissante des Allemands.

Au lendemain de la chute du Mur, c’était principalement les régions sinistrées d’ex-RDA, très touchées par le chômage et les ratées de la réunification, qui abritaient l’électorat du NPD, le parti d’extrême droite. En 1992, les émeutes de Rostock, un port sur la Baltique et les jets de cocktails Molotov sur des foyers d’immigrés vietnamiens par des néonazis avaient défrayé la chronique.

Comme c’est avec les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, les hooligans et autres groupuscules néonazis ont ressortis les bomber’s et les ranger’s et les actions-commandos, cette fois, dans l’ensemble du pays. En septembre, un nouveau groupe d’extrême droite a vu le jour. Baptisé HoGeSa, « Hooligans contre salafistes », il amorce un nouveau cycle de tensions interethniques et interreligieuses.

Leur première grande marche en octobre à Cologne a réuni des dizaines de milliers de personnes pour protester officiellement contre « l’implantation du salafisme en Allemagne ».

Comme à chaque avis de manif en Allemagne, l’événement s’est déroulé comme un remake d’Independance Day : rues bloquées, hélicoptères vrombissants, patrouilles de cars blindés, sans oublier les forces spéciales habillées comme des soldats de science-fiction. Pour autant, la manif à Cologne s’est achevés sous les cris, les battes de base-ball et les rouler-bouler de cars de CRS. Il n’y pas eu de mort (krosse mirakle), mais 44 blessés.

Quelques semaines plus tard, ces néonazis new wave« rebrandés » à l’aune du contexte international et de la guerre menée contre l’organisation État islamique, ont ressorti les banderoles et les slogans fascisant à Hanovre. Les mêmes voulaient réitérer leur exploit à la Porte de Brandebourg mi-novembre, au moment des célébrations des 25 ans de la Chute du Mur. Histoire de ne pas gâcher la sauterie mondiale avec des bruits de bottes et des saluts moustachus qui auraient été du plus mauvais effet, la municipalité a décidé d’interdire le rassemblement.

Le 2 décembre, la sortie à Berlin d’une application anti-nazi a fait grand bruit, confirmant ce revival marronnasse. Lancée avec le soutien de la municipalité, en trois langues, allemande, anglaise et turque, l’app disponible sur smartphone dessine une carte interactive qui permet d’être informé de tous les rassemblements organisés par les petits amis d’Hitler afin de les éviter/ou de se mobiliser. Krosse kravale en perspective !

Il n’est pas encore certain néanmoins que les édiles aient pris la mesure du phénomène. La mairie de Berlin a récemment annoncé un budget de 43 millions d’euros dédié à pour la construction de villages-vacances, pardon de containers-logements – durée de vie de 10 ans et recyclables, bitte schön – censés abriter les réfugiés. Les containers seront installés en périphérie, comme dans le riant quartier de Marzahn-Hellensdorf, dans l’ex-Est berlinois, bien connu pour ses barres de béton, son taux de chômage record et ses néonazis…Il n’est pas précisé si la fameuse app anti-nazie sera fournie aux réfugiés.

(Article publié par Ijsberg//Oeil de Berlin, décembre 2014)

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