Bitte schön

 

Oui, les Allemands aussi ont une vie sexuelle. Et comme l’actualité hivernale ne m’inspire guère (Berlinale, Saint Valentin, météo pourrie…), j’ai décidé de parler de pénis, histoire de faire du clic. Je promets néanmoins à mon rédacteur en chef que je n’utiliserai dans cet article ni le mot « pute » ni le le mot « salopp ». Trop tard.

En 2011, alanguie sur un sofa dans un café berlinois, j’avais manqué de peu le rouler-bouler en découvrant dans l’hebdomadaire Fokus un portrait robot du mâle moderne teuton. Le descriptif, somme toute assez classique du Schleu « standard » donnait ceci : « âgé de 41 ans, taille d’1 mètre 79, pelage blond vénitien, marié à 30 ans, père à 35, divorcé à 42,5 ans. » Bref, rien que du très normal jusqu’à cette petite phrase, écrite discrètement en bas de page. « Les Allemands auraient ainsi en moyenne 11 érections par jour« . Une érection toutes les deux heures ? J’avais secrètement applaudi, songeant qu’une telle activité aurait dû sacrément booster les naissances dans un pays, tombées bien bas depuis la fin des Trente Glorieuses.

En fait, pas du tout. Quatre ans plus tard, je ne peux m’empêcher de constater que le taux de natalité plafonne toujours à 1,2 enfant par femme, et que cet apparent « dynamisme » n’a pas empêché l’Allemagne de devenir la capitale des « phalloplasties« .

Horreur. La news est tombée cet été, juste après la victoire de Berlin en Coupe du Monde. Depuis, les tabloïds britanniques se déchaînent sur la faiblesse des caleçons teutons, usant de titres aguicheurs tels que « Why Germany Is The Home Of Penis Enlargment ? » et ironisant sur le fait que plus d’un quart de TOUTES les opérations de « chirurgie intimes » sont pratiquées en Allemagne. Suivie dans le Top 10 par le Venezuela et l’Espagne.

En 2013, quasi 3 000 « pénoplasties » auraient ainsi été réalisées dans la Bundesrepublik Deutschland (sur environ 15 000 dans le monde). Cela fait près de 7 opérations par jour : à ce rythme d’usine, le nouveau Rocco sera très certainement fabriqué en Allemagne, véritable eldorado des micro-pénis. Les cliniques « spécialisées » se multiplient aux quatre coins des Länder, placer sa queue sur le billard devient une tendance lourde en chirurgie esthétique. Certes, les statistiques ne précisent pas la nationalité des candidats au pénis augmenté, mais 8 Allemands sur 100 000 se disent prêts à céder aux sirènes du bistouri de la biroute. Dans une nation gouvernée depuis presque une décennie par une Chancelière virile baptisée « Mutti », il semblerait que le mythe du long blond ait sacrément du plomb dans l’aile.

Alors, la faute à qui, à quoi ? La féministe en chef, outre-Rhin, Alice Schwarzer et sa cohorte de néo-bitches sur-émancipées auraient-elles castrés les Allemands ? Ou leur consommation frénétique de porno (surtout le lundi et en janvier selon la grande enquête du Stern) les auraient-elle dévitalisés ?

Bon Dieu, il est temps d’arrêter ce petit complexe d’infériorité qui dure depuis la Seconde Guerre Mondiale. Pour quelle raison les Schleus, les « meilleurs élèves » de la classe européenne, les rois de l’économie, les champions du monde de football 2014 ont-ils un tel coup de mou du bout ?

Certes, le goût national pour la Wurst pourrait expliquer ce boom. Le quotidien de Londres, The Telegraph avance lui une explication plus-que-plausible : « la réponse tient à l’alliance explosive entre pornographie, pragmatisme allemand et à l’excellence de leurs technologies. » On ne plaisante pas avec la Deutsche Qualität, et les chirurgiens locaux sont devenus de véritables maîtres Jedi de la Verge Artificielle. Le Deutschen Zentrum für Urologie und Phalloplastische Chirurgie promet par exemple d’augmenter la longueur du pénis de 6 cm et sa circonférence de 3 cm, pour la modique somme de 9 600 euros.

Devant l’afflux des demandes, le Centre a même ouvert des filiales en Italie, en France et en Espagne, et le « tourisme du gourdin » explose. Si le business est juteux (pardon), les médecins précisent qu’il ne faut pas confondre « l’allongement » et le « grossissement » . Même si les cliniques outre Rhin ont tendance à proposer aux patients complexés les deux options, dans un pack ‘komplett’ sous anesthésie générale ! L’allongement du pénis consiste à couper le ligament suspenseur de la verge, ce qui permet une amélioration brinzibalement « optique ». Quant à l’élargissement, elle est réalisée avec de la graisse directement issue de la bedaine, réinjectée dans le corps caverneux. Miam.

En attendant la relève et sans aucune transition, il faut savoir que les enfants allemands sont sensibilisés très tôt aux grandeurs et misères des petits, comme des grands zizis. Des « stages éducatifs » au sexe sont proposés aux écoliers dès le primaire. Lors d’ateliers « pédagogiques », ils apprennent notamment que la taille n’est pas TOUT (hopefully), comment utiliser une capote à 10 ans et demi, quelle est la meilleure position pour jouir, quelles méthodes contraceptives utiliser ainsi que des mots comme « frigidité » ou « éjaculation précoce ». Comme le rappelle Le Point, ces cours d’éducation sexuelle un brin ‘spacy’ et qui ne laissent plus rien au « hasard » sont désormais menacés : des « parents inquiets », encouragés par des organisations un brin cathos, souhaitent désormais les interdire.

(Article publié par Ijsberg//Oeil de Berlin, février 2015)

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