Psychose au vestiaire

C’est parce que j’ai été confrontée à une authentique psychopathe (au club de sport) que j’ai ENFIN compris que je n’étais pas atteinte de troubles bipolaires.

Mazel tov !

Oui, j’admets que j’ai toujours eu une petite tendance aux humeurs, aux changement d’avis, une versatilité prononcée que j’avais jusqu’alors mis le compte de mon génie mes hormones. Ainsi une phrase comme « Je veux un chien » prononcée d’une voix émerveillée peut se transformer quelques heures plus tard en « ca pue les clébs ! » pour finir en rire sardonique « peut-être je pourrais manger un dogue allemand ce soir hahaha ? » L’astre lumineux qui partage ma vie me traite lui-même régulièrement de « bipolaire » -quand je ne suis pas d’accord avec lui (il est « PN » pour pervers narcissique)

Bref. J’ai rencontré une folle dans les vestiaires du Women fitness de l’Alexanderplatz. Je précise que ces derniers mois, j’ai pondu un livre qui va bientôt être publié (d’où mon absence de ce blog).

Or, la seule façon de ne pas devenir tarée ou obèse quand on est assis huit heures par jour seul devant son écran -parfois pour seulement changer une virgule- c’est de compenser son hypertrophie du cerveau par de la gonflette de cuissot.

Il y a quinze jours, après mes exercices musculaires, j’émerge du sauna finlandais tel Rambo, visage boursouflé et cheveux plaqués. Entre application de crème et palper-rouler de cellulite, je commence à papoter avec une sympathique lesbienne Ossi qui me raconte sa vie sexuelle débridée à New York, où elle était partie s’installer juste après la chute du Mur.

Surgit alors une gazelle à la coupe afro, genre 1m75 de minceur et de dents étincelantes qui s’immisce dans notre conversation. Sans aucune transition, le sosie de Naomi Campbell nous lance qu’elle est âgée de… 47 ans. « Pour une quinqua ménopausée, elle a l’air plus fraîche qu’une rose trémière. Et ‘naturelle’ en plus« , je me dis en la détaillant, à la recherche de points de suture.

– « Wahou, 47 ans, j’aurais dit que t’en avais 25 ! » je finis par m’exclamer, bonne joueuse. « Quelle chance tu as, c’est génétique, non? »

« – Ma mère est morte d’un infarctus à 40 ans, » qu’elle répond, me glissant un oeil noir.

Du coup, Lesbi Ossi avoue qu’elle en a 42 et moi, je lance mes 33 printemps à la cantonade d’une voix flûtée, convaincue de remporter la compétition de la plus jeune personne présente dans la pièce.

« – C’est pas possible« , reprend Naomi, en me fixant.

« – Quoi ? »

« – Que tu aies 33 ans. Tu as vu tes rides autour des yeux ? C’est terrible, » réplique t-elle, d’un ton sans appel.

– Non, non, je t’assure j’ai bien 33 ans, comme Jésus avant qu’il soit cloué sur sa croix », je rigole.

– Tu as des sacrées cernes sous les yeux« , insiste t-elle. « Des valises. Tu dors mal en ce moment ? »

« – Oui, j’ai des cernes« , je confirme, tentant parallèlement de débusquer un défaut massif sur sa tronche de top modèle. « C’est familial : ma soeur a des cernes, mes parents ont des cernes, c’est la vie (en français) » En même temps, je fais rugir le sèche cheveux puissance maximale, en rejetant la tête en arrière pour l’impressionner, comme si j’avais une crinière de lionne (je suis presque chauve).

Derrière mon dos, j’entends Lesbi Ossi chuchoter, en confirmant à Naomi « oui, oui, elle a toujours l’air fatigué, je croyais qu’elle profitait bien de la vie berlinoise, la Französin ! » (rire gras) Je ne leur précise pas que la « fête«  chez moi, c’est quand je mate l’Amour est dans le pré en streaming, avec un litron de rouge.

-« No offense, but I thought you were 40, like really!« , reprend Naomi, cette fois en anglais, comme si elle descendait de son podium.

40 ans ? MOI, JE FAIS 40 ANS ?

Je suis pétrifiée par la violence de l’attaque. Elle ajoute, mielleuse : « Mais peut-être tu as beaucoup trop de responsabilités ? Tu penses TROP, non ?« , souffle t-elle, en lissant sa chevelure jais de ses ongles manucurés.

J’aimerais ricaner en lui lançant un souverain « C’est possible. Toi pas, si ? » Je n’ose pas (je suis trop bien élevée). Je réponds bêtement au premier degré que je ne me lève jamais avant d’avoir dormi au moins 9 heures et que je travaille comme « freelance » (chacun sait que les freelance passent leurs journées en pyjama de soie, alanguis sur un sofa en mangeant des raisins).

Une gamine en micro-short pailleté se mêle à notre groupe de rombières et me glisse en tapotant ses orbites d’une voix d’institutrice : « Ma mère m’a toujours conseillé une crème spécial contour de l’oeil, ça marche super bien! »

– T’as quel âge, darling ? » glisse Naomi.

– 16 ans. » Je crois que c’est le clou de l’humiliation.

Naomi me regarde à nouveau de très près comme un insecte bizarre, je suis paralysée. « Fais quelque chose« , dit-elle. « Du botox peut-être ? »

Comme j’ai toujours vanté la solidarité féminine (« mais non, t’es pas grosse ! » à mes copines chubby), je suis choquée par la violence de cette exécution publique. Cette hyène va me déchiqueter l’ego. Je sais que les moeufs sont généralement fourbes et que les reines du « bitchage » se livrent à leurs commentaires perfides, de préférence discrètement et dans un coin. Nos guerres sont traditionnellement hypocrites, nos rivalités masquées. Or, là, cette pute Naomi m’offre une agression frontale et gratuite. Je réalise que je ne suis pas du tout préparée à la guerre éclair.

Je cherche des répliques fulgurantes mais mon cerveau est ramolli par mes nouvelles tendances haltérophiles. La dame à côté qui enfile ses leggings voit que je suis sur le point de renifler. Elle me fait un clin d’oeil en se rhabillant et puis elle jette d’une grosse voix gentille : « allons, allons, je trouve que vous êtes toutes les deux splendides. Ach, aber ich bin TROP KROSSE. »

« Si tu ne peux pas lutter, fuis ou couche toi », m’a un jour conseillé mon ami Shamil, champion de MMA (mixed martial art). Alors, je ricane nerveusement, remballe mes affaires et dégage le plus vite possible pour échapper au regard sabre laser de Naomi.

Une fois rentrée chez moi, je commence à bader grave. Evidemment après avoir raconté l’histoire à tout mon quartier, je me contemple dans le miroir, en me tirant la peau (j’hésite à sortir avec du scotch sur les tempes). Je parcoure des forums « spécial poches », où minou54 et chaton_mignon se refilent des adresses où se procurer en clandestin la mythique pommade Préparation H (spéciale hémorroïdes très utilisée parait-il par les maquilleurs lors des défilés de haute couture). Je whatsappe ma frangine en lui demandant si je devrais me faire opérer. « J’ai peur que le chirurgien te rate » qu’elle répond, sur un ton sans appel.

– Tu pourrais faire mon avocat, me défendre contre le chirurgien et choper une grosse indemnité ? Comme ça, je pourrais financer mes reportages ?

– Non. T’as pas autre chose à foutre que penser à tes cernes ? » (Elle travaille beaucoup)

Moi, je file sur Google image regarder des « blépharoplasties » ratées. Je médite.

Pourquoi les femmes sont-elles si sensibles aux remarques sur leur image ? Pourquoi les femmes sont-elles des salopes entre elles ? Pourquoi après des décennies de féminisme, la pression de l’apparence reste aussi forte ? Combien coûte un lifting ? Est-ce que l’acide hyaluronique en vente sur Groupon vaut le coup ?

Je me dis que si j’avais un pénis, tout irait mieux : je jouerai à Call of Duty en poussant des grognements, je serais CONTENT la plupart du temps, je ne dépendrais pas du miroir mais de mes avoirs. Je me goinfre de saucisson. Et puis j’oublie.

Aujourd’hui, j’ai revu ma tortionnaire, toujours dans les vestiaires du Fitness club (mode no life). Naomi est arrivée en se dandinant et en chantant un air d’opéra à tue-tête, a envoyé des baisers dans l’air au mur, pendant que les élèves du cours de yoga se retournaient sur son passage, en tapotant leur index sur le crâne.

Quand elle m’aperçoit, Naomi baisse brusquement la tête et se met à courir pour se cacher dans le recoin coiffage.

Il faut dire que je suis remontée à bloc. Je suis prête à la pendre à un croc de boucher pour le combat. En cas d’attaque sournoise, j’ai préparé ma réplique TOUTE la semaine : « je vis moi, je fume, je bois, je pleure, je ris, je râle, je suis une vraie femme française moi (connasse)« . J’arrive la tête haute dans son périmètre, face aux trois miroirs, pour me pomponner.

« – Ton pantalon est soooo nice ! » jette t-elle, d’une voix blanche, en évitant mon regard.

Je me maquille et commence à siffloter entre mes dents en dodelinant de la tête (quand je commence à « composer » de la musique, souvent ça se finit en boucherie). Je finis de me coiffer quand elle revient à la charge. Elle semble subitement se souvenir de son petit sketch de catin et se jette sur moi avec un éclat de rire cristallin : « Oh, mais….c’est…toi ! Tu es superbe aujourd’hui ! Qu’est-ce que tu as fait ?« , s’écrie t-elle, visiblement ravie.

Je-ne-dois-pas-me-laisser-destabiliser. Je passe sous silence le fait que ma peau est probablement plus tendue (grâce à la crise de boulimie consécutive à sa remarque) et que l’arrivée des beaux jours m’ont conduit tout droit sur ma terrasse, en mode bronzette avec ma corolle en alu.

Je l’ignore superbement, elle part d’un rire de gorge avant de m’empoigner fermement et me chuchote à l’oreille : « mais tu es tellement belle ! Have a nice day baby ! »

La vérité, cette bitch m’a tuer.

Publicités

2 thoughts on “Psychose au vestiaire

  1. EXCELLENTE BELLE Prunette je me régale avec ton blog avant de découvrir TON LIVRE.
    Des bisous de nous deux de G ou il pleut abondement évidemment!
    isa et Maurice

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s