Voyage en Italie

Quand on vit en Allemagne, l’Italie, comme n’importe quel pays situé en dessous de la Suisse, évoque une sorte de paradis perdu, un royaume béni des dieux où les habitants en toges, alanguis sur des terrasses à siroter leur Spritz, vous glissent des sourires lubriques accompagnés de « ciao ragazza » sonores. On y déguste des pastas sublimes sous le doux soleil en regardant langoureusement la mer scintiller à l’horizon.

Ceci n’est que partiellement vrai.

Je suis partie quelques jours EN TRAIN -pour éviter la grève des contrôleurs aériens qui m’avait coûté mon dernier séjour à Naples. Mon kif ? Jouer les Anna Karénine neurasthénique, engoncée dans ses fourrures et regardant mélancoliquement le défilé des Alpes pendant des heures.

Je descendais chercher l’été en Ligurie, autant vous dire que j’ai pris pour cher.

Il a flotté non stop et au retour en guise de cerise sur le gateau, j’ai eu droit à la grève générale de la Deutsche Bahn. J’avais emporté mon bikini, j’ai dû « emprunter » un parapluie (en Italie) et me goinfrer tel un goret pour compenser un brin la DECEPTION MONUMENTALE de ces vacances.

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Excepté Gênes la Superbe, énorme ville portuaire entre palazzos splendides et petites ruelles coupe-gorge qui m’a en-chan-tée, j’ai trouvé le Nord de l’Italie un brin vieillissante. Une belle endormie, sentant le pipi et la naphtaline. J’ai déjeûné dans des salons de thé très chic où de dignes personnes habillées avec goût venaient savourer leur croissant et espresso dominical, après la messe. J’ai contemplé des boutiques de tailleurs pour dames aux vitrines et vendeuses figées dans les années 80.

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Certes, il reste bien quelques « bamboccione » blottis au chaud chez la mama mais la majorité de la jeunesse ritale a foutu le camp, échapper aux scandales de l’ère Berlusconi et à une économie en récession. Le chômage touche un jeune sur trois et les moins de 40 ans représentent un expatrié sur deux. « Il n’y a pas d’avenir en Italie« , m’a répété mon cher ami Jules, originaire de Bologne et qui vit depuis dix ans en France. Contrairement aux vagues d’émigrations du 20e siècle, qui concernaient en priorité les régions pauvres et agricoles du sud, ce sont cette fois les Italiens originaires du nord industriel de la péninsule qui se cassent. Basta.

photo 4

Quant à la riviera, elle n’a pas bougé d’un cil depuis les bains de mer des rombières du début du siècle : immuable et superbement décadente. La côte entre Camogli et Portofino est envahie de yachts, de touristes friqués qui font de leur mieux pour éviter le ballet des migrants clandestins. Entre les Porsche et la plage slaloment des dizaines d’Africains aux aguets qui vendent à la sauvette des bracelets multicolores et des lunettes Gucci. S’empressant de remballer et de déguerpir dès qu’ils aperçoivent les signore carabinieris.

D’abord contents d’être passés vivants de l’autre côté de la Méditerranée, comme ce Sénégalais qui criait « ciao bella » et s’est mis à parler en français après 5 minutes, ils déchantent vite face à un eldorado qui prend des airs de prison dorée. Lui était coincé depuis quatre ans dans un centre d’hébergement, privé d’emploi le temps que sa demande d’asile soit examinée par des autorités visiblement débordées. Rêvant le soir non pas de « dolce » mais de « deutsche vita ».

 

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