La fille de l’air

Petit coquin de lecteur, quelle joie de te retrouver en cette rentrée ! J’ai pas mal voyagé ces derniers mois, ce qui explique mon absence du blog : j’ai ainsi beaucoup pris l’avion, ce qui m’a permis à la fois de soigner ma phobie des airs  (de trois lexo+choléra, je suis passée à de petits couinements d’excitation, le nez collé au hublot lors du décollage), tout en collectant impressions et visions de « projets » multiples ( indeed, je n’ai rien branlé).

Comme je plane toujours en « book blues », ce qui freine un brin mes envolées littéraires, je vais te raconter mon été sous forme de gallerie-photo « d’émotions brutes » (dixit mon mec, photographe quand il évoque son art.)

En août, je suis partie pour deux virées le long de la frontière avec Kaliningrad, puis aux quatre coins de la Lituanie : des journées GI Joe, entourée de sémillants militaires aux culs moulés dans leurs uniformes, du tank cahotant, des pierogis en pagaille, de l’aventure bref, tous les ingrédients étaient réunis pour une enquête néo-guerre froide du tonnerre dont je reparlerai très bientôt.

Cap ensuite sur la Grèce (ou plutôt la « graisse » au vu de mes mollets), où l’Astre qui partage mes Nuits et moi-même n’avons croisé fin septembre aucun canot pneumatique, ni enfant mort sur les plages. Pardon.

Trois semaines durant, j’ai écumé, émerveillée et déjà conquise les magies du Péloponnèse : du verdoyant golfe de Méssénie au Magne désertique, en passant par le point le plus au Sud de l’Europe, le port sauvage de Porto Kagio (« l’entrée du royaume d’Hadès » selon la mythologie), avant de finalement se détendre dans le le lagon d’Elafonissos, musarder dans la cité antique de Naplie et enfin rejoindre la capitale Athènes.

Criques désertes, eau cristalline, températures caniculaires, plages de sable fin sur laquelle je me suis roulée avec bonheur, enduite d’huile de bronzage (je ne nage pas, la mer m’angoisse) : l’atmosphère a été propice aux batifolages aquatiques, comme à la relaxation et je me suis sentie revivre, telle une déesse antique en bikini ( le visage boursouflé par une crise acnéïque, consécutive à l’absorption de « frites maison » à tous les repas.)

Nulle question de se se faire un trip archéologique ou culturel, le seul objectif de ma journée se résumait à trouver la « bitch des beach » (traduction : la meilleure plage), voire éviter l’intoxication alimentaire (en mode digital detox, sans Tripadvisor donc)

Comme Bild le conseillait à ses ressortissants en vadrouille dans la région, l’Astre a choisi de ne CHAMAIS montrer son passeport à nos geôliers hôtes. Du coup, on se faisait passer pour des Français : on parlait très fort et surtout, on râlait grave. Personne ne nous a lynché mais un commerçant du charmant village de Kardamyli qui vendait toute la presse allemande n’a pu masquer un rictus de déception lorsque je lui ai demandé Le Monde : il m’a confié préférer « les touristes Teutons, plus riches et surtout moins radins«  que les Frouzes *.

Après la Grèce, je suis repartie au Maroc participer au premier « Forum méditerranéen de Jeunes Leaders« , un dialogue réunissant de jeunes Français et Marocains. Papotage, Champomy et réseautage entre « personnalités d’avenir » (sic) issues de la société civile, économique, politique des deux côtés de la Méditerranée se sont retrouvées à Essaouira pour se friender sur Facebook disserter gaiement sur la radicalisation, l’exclusion et l’écologie.

Il y aurait beaucoup à dire sur le Maroc et ses contradictions incroyables : son fossé insupportable entre super-riches planqués dans leur ryad et pauvres des bidonvilles, l’influence tentaculaire de la famille royale et plus de la moitié des femmes du pays analphabètes. J’y reviendrai. Pour l’instant, je me demande si me qualifier de « jeune leader » signifie que j’ai un jour une chance de diriger… la… Corée du Nord ?

D’ici là, je suis enfin de retour à Berlinpinpin où je vais profiter d’octobre jaune, le mois où la Hauptstadt est plus séduisante que jamais, dans la morsure mordorée de l’automne.

 

(*) Comme certains esprits chagrins menacent d’appeler la LICRA parce que j’écris « Schleu » à propos des Allemands, j’ai décidé dans un souci d’équité, d’utiliser le sobriquet « Frouzes » utilisé par les petits Suisses pour désigner les Français.

 

Publicités