Beyond91

Mes petits agneaux,

Ces derniers mois m’ont vue bosser comme un général en campagne sur un projet cross-border de sa race pour cafebabel et financé par une krosse Stiftung culturelle allemande (tout à fait.. en Deutsche Mark )

Ca s’appelle Beyond91, portraits de la « Génération Perestroika » (wouhou).

Au vu du drame électoral à venir et de la soupe médiatique immonde qui nous est servie en ces temps troublés, B91 est le seul projet qui m’a redonné espoir et ENVIE de continuer le journalisme. Quoique. Tout à fait entre nous, j’ai décidé d’arrêter de travailler. Pour écrire mon second livre. De fiction. Haha. Bref, j’attends mes indemnités Pôle emploi.

Alors ce truc-là, Beyond 91, c’était quoi bon dieu ?

« 25 ans après l’effondrement de l’Union soviétique, découvrez la « génération Perestroïka » vue par elle-même. Sept récits multimédia et sans frontières qui croisent les regards de 14 journalistes et photographes venus de Russie, Ukraine, Moldavie, Biélorussie, Lettonie, Estonie et Lituanie. » (slogan officiel)

Le site

Le making of

La page Facebook

Votre servante était la rédactrice en chef de ce chantier made in Europe dans une UE qui se désagrège, propulsé par la géniale équipe berlinoise de cafebabel.

J’ai recruté les auteurs, les photographes, les développeurs, traducteurs, graphistes, je les ai soignés, brossés pressés ou défoncés pour obtenir les meilleurs reportages. Je vous passe les détails sur le management transculturel, le processus de développement du site, l’édition et la traduction en 7 langues (dont le russe) avec l’équipe.

Parallèlement au lancement du site, une exposition Beyond91 avec les meilleures photos des reportages et en présence des participants a eu lieu à Berlin vendredi dernier. Un succès « beyond expectations » ©KK (on me signale que les réserves d’alcool était éclusées à… 19h32)

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Ami lecteur, comme tu sais, je me tape normalement Gille de la Tourette à chacun de mes apparitions publiques mais il semblerait que j’ai réussi à pondre un discours en anglais décent devant des hordes humaines émerveillées.

Cette petite allocution parle d’Europe et de journalisme et comme je sais que ce sont des thèmes qui attirent grave le chaland (joke), le voilà (en nettement pimpé) :

« Au début du projet, lorsque nos développeurs grecs (oui parce qu’on avait une équipe à Athènes, en plus de celle de Paris, Berlin et des freelances aux quatre coins du Wild Wild Est) ont commencé à blaguer en m’appelant « Robespierre » parce que j’avais juré ma mère que je leur couperais la tête s’ils ne respectaient pas les deadline, j’ai commencé à comprendre toutes les « implications » d’un projet disons, transnational.

Obviously, les Grecs n’ont pas vraiment la même conception des deadlines que les Schleus (et je dis cela en étant Frouze).

Donc imaginez quand décidez de faire travailler ensemble une vingtaine de personnes avec un vécu et un background différent, qui ne parlent pas la même langue et surtout, qui ne se sont jamais rencontrées. Oui, un vrai bordel. Tout à fait.

Mon boulot de réd chef consistait non seulement à assurer la qualité éditoriale mais surtout à choisir les bonnes personnes pour le projet. J’ai reçu plus d’une centaine de candidatures de jeunes journalistes et photographes d’Ukraine, de Moldavie, de Russie etc…. J’ai vu défiler des talents hallucinants et une majorité de femmes : ce qui est une bonne nouvelle concernant 1, le journalisme dans l’espace post soviétiques (quoiqu’on puisse en dire) et 2, l’état du féminisme wide word (notamment chez Poutine et consorts)

Mais le vrai challenge du job était de créer des équipes binationales : parce que le coeur du projet, c’était quand même de mélanger les regards, de jouer avec les perspectives, et en mixant un auteur et un photographe de deux pays différents, voir ce qu’il en sortirait.

Les journos et les photographes étant souvent des petites bitches individualistes, il n’est pas toujours easy peasy de les faire bosser ensemble. Alors quand vous ajoutez un climat compliqué, une histoire commune pesante (soviet L.O.V.E) et une actualité sous tension depuis la Crimée, la guerre dans l’Est de l’Ukraine, cela devient encore plus…explosif.

Parce que si vous choisissez de mettre ensemble un photographe ukrainien et un auteur russe, il va se passer quoi ? Est-ce qu’ils vont se parler ? Qu’est ce qui peut les réunir ? Peuvent-ils partager une perspective commune et surtout, originale ?

Comme personne n’a été tué durant ce projet, je crois que l’on peut évoquer une… réussite ?

Personnellement, j’ai été impressionnée par la qualité des récits et leur ancrage humain. Mais la raison pour laquelle j’ai adoré coordonner Beyond91, c’est que j’ai énormément appris.

Au delà des infos marrantes que vous trouverez si vous allez lire les reportages (comme le Bélarus est l’un des rares Etats à rembourser les opérations de changement de sexe pour les transgenres et oubliez les hipster, ce sont les chamans urbains qui sont complètement in en Lettonie), j’ai appris une chose essentielle.

Nous devons faire attention aux médias.

Nous vivons une époque (de merde) emplie de fake news et de réalité post-factuelle et j’ai flippé de constater à quel point moi-même pourtant journaliste, j’étais sous influence.

Lorsque nous avons commencé à réfléchir aux sujets (chaque équipe devait me pitcher trois synopsis ), j’ai essayé d’orienter les équipes dans le sens de cette rhétorique militarisante et anxiogène, diffusée par les médias en France, en Allemagne, bref à l’Ouest. Je leur ai demandé « hey, pourquoi vous feriez pas un truc sur le service militaire en Lituanie, sur Poutine etc… »

On s’est un peu battus avec mes jeunes poulains mais la bonne nouvelle c’est qu’ils ont dit « NIET ». Tous.

Donc s’il y a quelque chose que nous devrions apprendre de ces trentenaires de la Génération Pérestroika, c’est bien cela : la première (et elle est probablement liée à une extrême méfiance/ras le bol vis-à-vis de leurs propres médias) : aucun des participant n’a voulu traiter de thèmes dit « politiques ».

Secundo, dans leurs récits, ils n’ont pas voulu angler sur les problèmes mais sur les solutions. Exemple avec leur sujet en Estonie, la photographe russe et l’auteure estonienne ont choisi de suivre des couples mixtes, qui racontent une toute autre histoire de la minorité russe dans le pays. Une approche différente et positive qui est le meilleur remède à la peur ambiante.« 

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