2018 a été une année ré-vo-lu-tionnaire. Et votre sans-culotte dévouée n’y a pas échappé. En moins de six mois, j’ai eu une petite fille ET j’ai publié un premier roman. Et je suis en burn out. Happy 2019 !

Quel rapport entre les deux me diras-tu, ami lecteur ?

Hé bien, excepté le fait que le livre est un bébé amélioré (il ne crie pas et devient autonome à publication), création et procréation se ressemblent beaucoup.

Ecriture et maternité ont été chez moi comme les reflets inversés d’un même processus créatif, une sorte de balancement yin et yang, dont les phases de maturation presque identiques (mais pas vraiment simultanées) n’ont cessé de se répondre dans une opposition féroce. Oui, une sorte de jeu des correspondances contraires.

Attendre un enfant s’est résumé à devenir énorme dans une imprégnation hormonale des plus favorables (endormie 22 heures sur 24.) Nil est née au coeur de l’été du siècle, quelques jours après la canicule historique qui a vu 40 degrés s’abattre à l’ombre du Brandebourg. J’ai vécu les dernières semaines de ma grossesse dans une langueur tropicale, enchaînant sur un sofa des activités plus proches de la fin de vie que de la hype berlinoise : mesurer la circonférence exponentielle de mes mollets, augmenter (puis baisser) le ventilo, me demander si j’avais une contraction (ou des flatulences).

Bizarrement, la date initiale de rendu de mon manuscrit était celle prévue pour mon accouchement.

C’est lors de mon congé maternité (inexistant, le travailleur indépendant est un tâcheron moderne) que j’ai corrigé les épreuves du roman, alternant les biberons et les dilemmes nocturnes sur la place de la virgule dans le paragraphe trois du dernier chapitre.

Je suis bien consciente que toutes les personnes raisonnables, travaillant de manière productive disons, dans la finance, et tombant par erreur sur ce post, ne pourront que secouer la tête en murmurant : « Y’en a vraiment qui se branlent la nouille toute la journée... »

Passons.

L’enfant est vivant et l’Heure d’été sort aujourd’hui, ce 04 janvier 2019. Roulement de tambours. Publier un premier roman le même jour que le nouveau Michel Houellebecq équivaut-il à un suicide littéraire ? Oui. Non. Peut-être ?

Restons optimiste, ami lecteur, malgré une ambiance globale qui incite plus à la pendaison qu’à la gavotte. Quant à sortir un titre pareil en pleine rentrée d’hiver, c’est vous dire si on aime les blagues avec mon éditeur.

Alors autant la grossesse a été facile (pilote automatique), autant la genèse du livre a été compliquée : intériorisée, solitaire et hasardeuse, faite d’espoirs fous (un premier roman, bordel) et de grands découragements (à quoi bon ? Pourquoi ? #jesuisunemerde). Une période de doutes et de montagnes russes, une couvade secrète à ânonner des dialogues random ou regarder fixement la coiffure de la caissière du Lidl, en se disant qu’elle serait pas mal pour le personnage principal.

Allers-retours vertigineux entre le quotidien et le papier, écrire, c’est surtout s’absenter de sa vie. Partir en voyage. Rendre les clés de la boutique (en espérant retrouver tout en ordre au retour). Merci aux amis et à la famille d’être restés là.

J’ai mis neuf mois pour terminer une première version, avant de l’envoyer par la Poste. Tu objecteras que ça ne marche jamais dans la vie, ces trucs-là. Tu as tort. Un lecteur des éditions Anne Carrière a feuilleté le texte, puis l’a transmis à un éditeur (et un écrivain) formidable : Jean-Baptiste Gendarme, qui comme son nom l’indique, n’a pas hésité à me jeter en cellule pour fignoler le manuscrit.

Les éditeurs sont un peu des accoucheurs de l’âme : ils savent ce que vous essayez de leur cacher, derrière la grammaire et les envolées lyriques, ils vous voient sous toutes les coutures, vous accompagnent, vous cajolent, vous rassurent un peu (et vous fouettent aussi).

La signature du contrat a marqué la terrible phase de réécriture, surnommée Guantanamo pour les intimes. Malheureusement, l’accouchement par césarienne programmée n’existe pas dans la vie intellectuelle. Alors il a fallu pousser : coupes, restructuration, coupe, nouveaux chapitres, coupe, nouveaux personnages…Entre le manuscrit envoyé et la version finale, JBG et moi-même n’avons pas mégoté sur les forceps -oserai-je évoquer le concept d’épisiotomie littéraire ? Ja wohl.

Bref, l’Heure d’été est arrivée.

Pourquoi se donner autant de mal ? Je ne sais pas.

Parce que j’aime souffrir ? Peut-être.

Après dix ans de carrière dans le journalisme -et mon dernier reportage exclusif de 10 000 signes payé six mois en retard 455 euros bruts-, j’ai pris une décision radicale : me lancer dans la fake news. Pardon, la fiction (le rêve secret de tout journaliste). D’une part, parce que j’aime bien les petits challenge. Et ensuite, parce que l’écriture, c’est la liberté absolue (au contraire de l’enfant, hein ).

L’Heure d’été est un roman sur Berlin et notre époque, largement inspiré de ma décennie outre-Rhin. Le livre raconte aussi quelque chose du passage à l’âge adulte. La fin de l’insouciance. Et un nouveau chapitre.