LONG FORMAT | VERS L’ABIME

Lorsqu’il est plus facile de rencontrer un militant néo-nazi qu’un maire, la démocratie a un putain de problème. Ca, c’est ce que je me suis dit quand la secrétaire municipale m’a envoyée balader pour la troisième fois et que Tony Gentsch a décroché à la première sonnerie.

Février 2020, le vent glacial me coupe la respiration et la nuit tombe alors que je planque devant un immeuble cossu de Plauen, une petite ville au fin fonds de la Saxe.

La permanence du bureau politique de « Der Dritte Weg » (La Troisième Voie), un parti politique néo-nazi allemand, est annoncée par une plaque officielle : caractère Times New Roman blancs sur fonds vert, placardé sur une façade Jugendstil. On dirait un banal cabinet de médecin de province avec les horaires d’ouverture et un numéro de téléphone. Sauf que le nom, comme les insignes (un trois en chiffre romain sur un rameau d’olivier) rappellent davantage l’esthétique du Troisième Reich.

Qu’est-ce que je viens foutre ici ? Une semaine plus tôt, les attentats de Hanau ont bouleversé le pays : neuf morts et cinq blessés dans des bars à chicha attaqués par un terroriste d’extrême droite.

Un tramway passe en faisant trembler les rails qui n’ont pas dû beaucoup changer depuis la transition, j’ai du mal à entendre la voix étouffée au téléphone.

«- Vous travaillez pour qui ?

– Pour moi.

– OK, passez demain, 11h, » qu’il me dit avant de raccrocher.

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